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Les métiers de l'autismeLes prises en charge pour l'autismeQuel accompagnement ?

"L'ABA explique que tous les comportements humains peuvent être modifiés"

Evolution de l'ABA, pertinence dans l'accompagnement de l'autisme et outils concrets : Laëtitia Josselin, analyste du comportement, partage les objectifs de son métier.

Simon Loubris
Simon Loubris
| 25 min de lecture
Les "bulles" sont souvent utilisées comme renforçateurs pour motiver les enfants autistes.
Photo de Sash Sriganesh sur Unsplash

Au sommaire :

🎤 Interview : on parle Analyse Appliquée du Comportement (ABA en anglais) avec une analyste du comportement certifiée, Laëtitia Josselin.
🧰 Boîte à outils : Culture Relax permet de trouver une séance de ciné-relax (ou un spectacle adapté) près de chez vous.
👁️ Vu ailleurs : nouveau délire de l'Education nationale, le signalement pour information préoccupante (IP) des élèves trop difficile à scolariser, pour "aider les familles".
✒️ Entre nous : Alexia, mère autiste, nous livre un récit sans fard - de la dissociation de la grossesse à la construction, jour après jour, d'un lien mère-fille unique
🌞 Belle histoire : Le club de foot de Lyon La Duchère propose des séances de foot adapté à de jeunes autistes.
🎧 Spectre audible : Quand le diagnostic d’autisme devient un cadeau.
👩‍🎓 Formations et webinaires : Parcoursup pour les étudiants atypiques et reconnaissance des aidants.

Cette lettre est aussi la vôtre. Si vous voulez y réagir, apporter une précision ou suggérer un sujet, vous pouvez laisser un 💬 commentaire 💬 ou ✍️ m'écrire ✍️. Je réponds toujours (parfois avec un léger délai 😭).


Interview : quelles sont les fonctions d'un(e) analyste du comportement ?

Laëtitia Josselin est éducatrice de jeunes enfants et analyste du comportement certifiée, membre du conseil d'administration de l’Organisation Nationale des Professions de l'Analyse du Comportement (ONPAC). Depuis 11 ans, elle intervient auprès d’enfants autistes et de leurs familles, aujourd’hui uniquement en supervision et en guidance parentale.

Point transparence : Laëtitia intervient dans l’accompagnement de mon fils Hector. Cette relation professionnelle m'a donné envie de lui proposer cette interview dans le cadre d'une série d'articles en cours sur les professionnels de l'accompagnement des personnes TSA.

L’occasion d’aborder son parcours personnel, les particularités du métier d'analyste du comportement, et d'évoquer l'Analyse Appliquée du Comportement (ABA en anglais), entre principes applicables au quotidien et réponses aux critiques adressées à cette approche dans la prise en charge de l'autisme.

Enfin, petite précaution : si l'ABA fait partie des prises en charge de l'autisme recommandées par la Haute Autorité de Santé, aucune méthode ne doit être exclusive, ni prétendre « guérir » l’autisme ou rétablir un fonctionnement typique. Chaque méthode doit être adaptée au profil de la personne, et utilisée de façon souple et intégrée.

📌
Pas le temps de tout lire ? Voici les points clés de l'interview

🎓 Le parcours : Laëtitia découvre l'ABA lors d'un stage d'un an dans un IME spécialisé ; elle est séduite par l'efficacité de l'approche et le lien concret entre théorie et pratique, contrairement à sa formation initiale, qui s'appuie notamment sur la psychanalyse 😑

👩‍💼 Le métier : Un analyste du comportement est expert dans la science des comportements humains ; son rôle est peut-être de superviser la prise en charge globale, de coordonner les professionnels, ou de proposer de la guidance parentale pour donner des clés concrètes aux familles.

🔄 L'évolution de l'ABA : Les pratiques ont radicalement changé ; les séances intensives de 40h par semaine à table, c'est fini. Aujourd'hui, 80% du temps se passe dans l'environnement naturel de l'enfant pour favoriser la généralisation des compétences.

🔑 Trois principes pour les parents : Le renforcement (récompense immédiate dans les 5 secondes), la motivation (identifier ce qui motive vraiment l'enfant, même si c'est une stéréotypie), et les guidances (aides physiques, gestuelles, verbales ou imitatives pour enseigner).

💚 L'éthique et le consentement : Laëtitia reconnaît les dérives passées et valide les critiques. Aujourd'hui, elle enseigne en priorité le droit de dire non et apprend aux enfants non-verbaux à communiquer leur refus de manière adaptée (geste, tablette, pictogramme).

De la découverte de l'autisme à la spécialisation en analyse du comportement

Simon : Comment avez-vous fait connaissance avec l'autisme ?

Laëtitia Josselin : Initialement, j'étais en formation d'éducatrice de jeunes enfants (EJE). J'avais fait mon stage de 3e en crèche et je m'étais dit : « Je veux travailler avec les tout-petits .»

Mais, en dernière année, je n'arrivais à trouver de structure dans la petite enfance pour faire mon stage long d'un an. Je me suis rendu compte que la crèche, finalement, ça ne me plaisait pas. L'accompagnement des enfants n'était pas assez individualisé. C'était très rapide, très intense. Je ne savais pas trop où aller.

Un de mes formateurs à l'école m'a dit : « Attends, ma femme est éducatrice dans un Institut Médico-Educatif (IME) spécialisé en ABA sur Paris, et ils n'accueillent que des enfants autistes. Si tu es prête à tester, elle cherche une stagiaire. » J'ai passé un entretien avec elle, et avec la cheffe de service de l'IME et j'ai été prise pour un stage d'un an !

Je suis arrivée sans rien connaître à l'autisme, sans savoir ce que c'était, ni avoir jamais entendu parler d'ABA. Je me suis retrouvée, d'un coup, avec un groupe de 12 enfants autistes en même temps, de 8 à 12 ans. Et franchement, c'était super riche !

Les journées étaient rythmées, on faisait plein de choses diverses et variées. On leur proposait des activités de jeu, l'enseignement de compétences fonctionnelles comme s'habiller, aller aux toilettes, apprendre à manger seul... Je voyais l'impact sur eux, la nécessité de ces accompagnements. Ce n'était clairement pas une garderie. Les accompagnements étaient individualisés : chaque enfant avait des objectifs spécifiques qui étaient différents de ceux des autres.

C'est comme ça que j'ai fait connaissance avec l'autisme. À la fin de ce stage, je me suis dit : « C'est super. En fait, c'est avec des personnes autistes que je veux bosser, je veux les accompagner dans leur vie. » Et fort heureusement, le directeur de l'IME m'a proposé de rester, de travailler dans la structure. J'y suis restée 6 ans.

À quel moment avez-vous eu envie de vous spécialiser en analyse du comportement ?

Dans ce même IME. Comme je l'ai dit, au départ, je ne connaissais rien à l'ABA. J'avais juste entendu quelques bribes, du genre : « L'ABA, ça consiste à donner un bonbon ou une chips une fois que l'enfant a fait quelque chose de bien ».

Une fois sur le terrain, j'ai pu observer et me rendre compte que ce n'était pas du tout ça. C'était bien plus complexe, bien plus vaste, et surtout bien plus éthique que ce qu'on en dit généralement.

Ce qui m'a convaincue, ce sont les effets positifs que j'ai observés sur les jeunes. On arrivait à leur apprendre des compétences difficiles et longues, et à maintenir ces compétences dans le temps. Un chaînage de propreté ou d'hygiène comme se laver les mains, se brosser les dents, ou s'habiller par exemple, ça comporte beaucoup d'étapes. Et en appliquant les bonnes procédures, en se basant sur les principes de la science comportementale, ça fonctionnait. Avec les bonnes guidances, avec le renforçateur délivré au bon moment, avec la bonne posture et avec la patience, globalement tout marchait. Je me suis dit : « Je n'ai jamais vu une efficacité comme ça auprès de jeunes. »

Le contraste ce que j'avais vécu dans mes études m'a aussi frappée. À l'école d'éducateur, il y avait beaucoup de psychanalyse. Ce qui m'a gêné, c'est qu'il y avait beaucoup de théories que je ne retrouvais pas une fois sur le terrain. Je n'arrivais pas à les rendre concrètes, à les mettre en pratique. Je n'arrivais pas à faire le lien entre théorie et pratique.

Là, c'était différent : il y avait de la théorie, il y avait de la pratique, et en plus je voyais les bénéfices directs – les jeunes progressaient, ils apprenaient des choses. Je me suis dit : « Faut que je teste, faut que j'aille plus loin. »

Et puis, honnêtement, qui de mieux placé que quelqu'un qui se spécialise pour parler de l'ABA et pour répondre aux critiques ? Parce que j'entendais plein de questions : est-ce que c'est du dressage ? Est-ce qu'il y a vraiment que de l'alimentaire ? Est-ce que c'est vouloir conformer les personnes TSA à la société ? Je me suis dit : je vais me spécialiser, je pourrai me faire mon propre avis et en parler.

L'efficacité de l'approche par rapport aux personnes TSA, ce lien entre théorie et pratique, c'est ce qui vous a le plus surpris dans l'ABA ?

Oui, ce sont les premières choses qui m'ont frappée, et c'est ce qui m'a donné envie de rester dans cet IME et de me spécialiser en ABA.

Ensuite, ce qui m'a beaucoup marquée aussi, mais plutôt dans un second temps, c'est l'aspect éthique : on va prendre en considération les besoins du jeune, les souhaits de sa famille — qu'a-t-il réellement besoin d'apprendre ? — pour ensuite mettre en place les bons objectifs sur le terrain.

Et là, c'est crucial : les objectifs, on ne les sort pas du chapeau. Ce n'est pas parce qu'ils sont « classe » sur le papier, que ce sont des choses à apprendre pour pouvoir être potentiellement inclus en milieu ordinaire, ou pour ne pas embêter les gens. Ce n'était pas du tout ça.

C'était : « Partons de ses besoins, partons aussi de ses points faibles pour ensuite pouvoir le tirer vers le haut et lui apprendre les compétences qui sont nécessaires pour lui. » Et ce qui est nécessaire pour cet enfant ne le sera pas forcément pour un autre. C'est surtout ça qui m'a marquée : l'individualisation. Chercher à répondre à la question : « Qu'est-ce qu'on peut faire pour cette personne spécifiquement, individuellement ».

Le métier d'analyste du comportement

Vous êtes donc devenue analyste du comportement. Comment expliqueriez-vous à un parent vos missions et en quoi elles diffèrent de celles d'un neuropsychologue ou d'un éducateur spécialisé ?"

L'analyste du comportement, c'est un professionnel qui est expert dans la science des comportements humains. Je suis spécialiste de nos propres comportements : pourquoi ils arrivent, dans quel contexte, et pourquoi on continue à les faire : si on continue à les faire, c'est qu'on en tire un bénéfice !

La « science des comportements », ça évoque la psychologie, non ?

Effectivement. Mais moi, par exemple et c'est important, je ne suis pas psychologue ! Ce sont souvent les psychologues qui sont analystes du comportement, parce que c'est en lien direct avec leurs études. Mais on peut avoir d'autres corps de métier qui deviennent analystes du comportement : le grade B de la certification est accessible aux titulaires d'un diplôme de niveau 6 (licence ou maîtrise, entre autres). (NDLR : voir notre encadré plus bas sur la certification).

La condition, c'est que le professionnel ait une licence ou un master dans un domaine qui touche l'éducation ou la psychologie. Donc on peut tout à fait avoir, comme moi, des éducatrices de jeunes enfants qui sont analystes du comportement certifiées. Nous n'avons pas les fonctions ou les missions d'un psychologue, mais sur ce qui concerne l'ABA, on a exactement les mêmes missions et les mêmes compétences.

L'analyste du comportement, son but, c'est d'intervenir dans le réel, en contexte. Après, chacun a ses domaines de spécialisation. En France, on est pour une très grande majorité spécialisés dans l'autisme.

Mais l'ABA s'applique aussi à d'autres champs : ça peut être l'addiction par exemple... L'ABA explique que tous les comportements humains peuvent être modifiés. Ce qui nous distingue, c'est une approche fondée sur cette science du comportement et des données probantes.

Et en quoi ça consiste au quotidien ?

Concrètement, mon rôle, c'est de superviser la prise en charge globale du jeune et de coordonner les échanges avec les professionnels. L'idée : assurer une cohérence éducative et proposer de la guidance parentale – donner les clés pour intervenir sur certains comportements.

On ne va pas chercher à modifier tous les comportements. Ça n'est pas le but et ça n'a pas d'intérêt. On va chercher à réduire des comportements qui sont inadaptés ou problématiques : des comportements agressifs ou envahissants, comme crier constamment. Et on va chercher à augmenter des comportements adaptés, des compétences spécifiques : j'apprends à manger avec ma fourchette, j'apprends à utiliser ma tablette pour faire des demandes, j'apprends à garder mes lunettes parce que j'en ai besoin mais que je n'accepte pas de les porter jusqu'à présent.

Pour y arriver, il faut qu'on puisse observer, puis analyser pour comprendre pourquoi un comportement apparaît, et ensuite proposer les stratégies efficaces. Ça, c'est dans le cadre d'un comportement qu'on souhaite réduire. Sinon, on va proposer les procédures d'apprentissage concrètes pour apprendre au jeune une nouvelle compétence.

Et notre but final, c'est de pouvoir donner ces clés-là aux parents, à l'éducatrice qui vient à la maison, à l'enseignante, à l'AESH, à l'animatrice du centre de loisirs.

Concrètement, comment se déroule une séance ? Dans l'imaginaire collectif, l'ABA c'est un enfant assis à une table avec des fiches, des jetons, des friandises...

Je précise d'abord que je ne fais plus d'intervention directe auprès des jeunes. Je ne fais plus que de la supervision et de la guidance parentale.

Effectivement, l'image travail à table + plaquette de jetons ne vient pas de nulle part. C'est ce qui faisait énormément à une époque : les enfants, lors de séances à domicile ou quand ils étaient accueillis en établissement, passaient 80% de leur journée à faire du « travail à table », un peu comme à l'école, mais dans une version beaucoup plus structurée, avec du matériel très spécifique préparé à l'avance.


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