🤸 Psychomotricité : « Un enfant qui bouge tout le temps n’est pas forcément agité »
Pourquoi emmener son enfant autiste chez un psychomotricien ? Baptiste Girard, dont c'est le métier, nous éclaire sur son rôle.
Au sommaire :
🤸 Prise en charge - un psychomotricien, à quoi ça sert quand on est autiste ? Baptiste Girard, dont c'est le métier, a gentiment accepté de nous répondre.
🧰 Boîte à outils - La Communication Alternative et Augmentée (CAA) à l'école et en série.
👁️ Vu ailleurs - Si les troubles du neurodéveloppement ont principalement une origine génétique, pourquoi n'ont-ils pas disparu avec l'évolution ?
✒️ Entre nous - "On ne peut pas changer le monde sans moyens" nous a écrit Mathieu. On est tombés d'accord.
🌞 Belle histoire - La musique, un langage sans mots. Reportage en Haute-Savoie.
🎧 Spectre audible - La nourriture, énorme enjeu pour les personnes autistes. Et objet de ce podcast "Autisme et troubles des conduites alimentaires".
👩🎓 Formations et webinaires - Groupes de soutien CAA, diagnostic tardif, besoins des adultes autistes.
Cette lettre est aussi la vôtre. Si vous voulez y réagir, apporter une précision ou suggérer un sujet, vous pouvez laisser un 💬 commentaire 💬 ou ✍️ m'écrire ✍️. Je réponds toujours (parfois avec un léger délai 😭).
🕺 Pourquoi emmener son enfant autiste chez un psychomotricien ?
Baptiste Girard est psychomotricien en région Centre‑Val de Loire. Il partage son temps entre un cabinet libéral, où il suit surtout des enfants présentant des troubles du neurodéveloppement, et un établissement pour personnes âgées. Il accompagne aussi des enfants placés, avec des profils variés, et a consacré son mémoire à la place des sensations dans leur développement.
🧠 Le rôle du psychomotricien : La psychomotricité ne se limite pas au mouvement. Elle s’intéresse aussi au lien entre corps, émotions, cognition, sensorialité et relation. Chez les enfants autistes, elle peut aider à mieux comprendre les fragilités motrices, sensorielles et corporelles, et à construire un accompagnement ajusté à leur profil.
📝 Le bilan et le profil sensoriel : Le bilan psychomoteur permet d’évaluer les compétences motrices, les repères dans l’espace et le temps, le tonus, le schéma corporel ou encore les coordinations. Il peut être complété par un bilan sensoriel ou un profil sensoriel, utile pour mieux comprendre comment l’enfant perçoit, cherche ou évite certaines stimulations.
🚨 Les signes qui peuvent alerter : Chutes fréquentes, difficultés à courir, sauter ou jouer au ballon, gestes fins laborieux, maladresse, agitation corporelle inhabituelle, besoin intense de grimper, sauter ou se cogner… Tous ces signes ne veulent pas dire la même chose, mais ils peuvent justifier un bilan psychomoteur, surtout s’ils retentissent sur le quotidien.
🏃 Agitation ou besoin de bouger ? Un enfant qui court partout n’est pas forcément “juste agité”. Dans certains cas, il cherche à mieux sentir son corps, notamment quand son fonctionnement sensoriel montre une hyporéactivité. Comprendre ce besoin peut aider les parents à sortir d’une lecture en termes de caprice et à proposer des aménagements plus adaptés.
⚠️ Repérer la surcharge sensorielle : Avant un meltdown ou un shutdown, certains signaux peuvent apparaître : changement de tonus, marche sur la pointe des pieds, gestes plus brusques, crispation, stéréotypies motrices, changement d’attitude. L’enjeu est de repérer ces signes tôt pour alléger l’environnement et aider l’enfant à se réguler avant la crise.
🤝 Un accompagnement dans la durée : La psychomotricité s’inscrit souvent dans un temps long, avec des objectifs qui évoluent selon l’âge et les besoins de l’enfant. Ce travail ne se fait pas seul : il prend sens dans un réseau avec les autres professionnels et avec les parents, qui restent au centre du parcours.
SIMON : Comment avez-vous fait connaissance avec l’autisme ?
BAPTISTE : D’abord pendant ma formation de psychomotricien. On nous parlait beaucoup des troubles du neurodéveloppement, dont l’autisme. On était sensibilisés aux grandes approches de prise en charge, même s’il faut se spécialiser par la suite – je continue à me former aujourd’hui. J’ai aussi fait des stages en IME et en CMPP avec des enfants autistes ou d’autres troubles du développement, ce qui m’a donné un premier contact concret avec ces profils.
Ensuite, c’est venu par la pratique. Ce qui m’a vraiment accroché, c’est qu’il n’y a pas un seul « profil autistique ». Chaque enfant est différent, les compétences psychomotrices impactées ne sont pas les mêmes, et quand c’est une compétence similaire, la prise en charge va varier beaucoup selon le profil sensoriel.
Par exemple, un enfant très en recherche de sensations va bouger tout le temps, grimper, sauter, se stimuler en permanence, alors qu’un autre, avec la même difficulté psychomotrice, ne va pas du tout exprimer les choses de cette manière. Cette diversité, et la nécessité d’ajuster finement l’accompagnement à chaque enfant, c’est ce qui m’a donné envie de travailler avec les personnes autistes.
Qu’est‑ce que la psychomotricité ?
La psychomotricité, pour faire simple, c’est une profession paramédicale qui se pratique sur prescription médicale. On commence presque toujours par un bilan psychomoteur, où l’on regarde les différentes compétences de l’enfant en fonction du motif de consultation.
L’idée, ensuite, c’est de relier ce qui se passe au niveau du corps, des émotions et des capacités cognitives, pour l’amener vers un mieux‑être « psychocorporel » : qu’il soit plus à l’aise dans son corps, dans sa tête et dans ses relations.
Concrètement, de quelles « compétences psychomotrices » parle-t-on ?
Quand on parle de motricité, on parle de tout ce qui permet à l’enfant de bouger et d’utiliser son corps : les grands mouvements comme courir ou sauter, ce qu’on appelle la motricité globale, mais aussi les gestes plus précis comme attraper des objets, empiler, dessiner ou boutonner, qui relèvent de la motricité fine.
Ce premier ensemble regroupe les compétences liées au mouvement : équilibre, coordination œil-main, graphisme, tonus, latéralité (le fait que l’enfant va progressivement privilégier une main) et coordination des deux mains.
C’est ce lien entre corps, sensations, émotions et relation qui rend la psychomotricité particulièrement pertinente dans l’autisme.
On s’intéresse aussi aux repères dans l’espace et dans le temps : d’abord à la façon dont l’enfant se repère par rapport à son propre corps, puis à la manière dont il se projette dans l’espace autour de lui, et dont il se situe dans le temps et dans le rythme.
Enfin, il y a la sensorialité et le rapport au corps : le schéma corporel, c’est-à-dire la connaissance qu’il a de son corps — savoir localiser son bras, sa jambe, sa tête — et, plus tard, l’image du corps, sur laquelle on travaille davantage avec les adolescents ou dans certains troubles psychiatriques.
Autisme et perturbation du développement sensori-moteur
Pourquoi la prise en charge en psychomotricité est-elle particulièrement utile pour les enfants autistes ?
Dans le développement « classique » d’un enfant, les sens et le mouvement vont ensemble. Le tout-petit expérimente le monde à travers ses sens : il va avoir envie d’aller chercher une balle parce qu’elle est lumineuse ou qu’elle fait du bruit, et cette envie va l’amener à se retourner, ramper, se redresser, puis marcher. C’est en suivant ces motivations-là qu’il construit progressivement ses premières compétences motrices.
Avec les troubles du neurodéveloppement, et notamment l’autisme, ce développement sensori-moteur est souvent perturbé : certaines compétences arrivent plus tard, dans un ordre différent, ou restent fragiles. Le rôle du psychomotricien, c’est d’accompagner l’enfant dans ces domaines-là, en tenant compte de son profil et de son rythme.
On va aussi beaucoup travailler sur la sphère sensorielle et sur la communication non verbale : comment l’enfant ressent les stimulations, comment son corps répond, comment il entre en relation par le regard, la posture, le tonus. C’est ce lien entre corps, sensations, émotions et relation qui fait que la psychomotricité est particulièrement pertinente dans l’autisme.
Concrètement, quels signes peuvent alerter les parents sur le plan psychomoteur chez un enfant autiste ?
Au niveau moteur, on peut déjà regarder des choses très simples : est-ce que l’équilibre de l’enfant semble stable ou est-ce qu’il chute souvent ? Est-ce qu’il arrive à courir, sauter, jouer au ballon comme les autres enfants de son âge, ou est-ce que ces gestes restent très difficiles pour lui ?
On observe aussi les gestes plus fins : la façon dont il attrape de petits objets avec le pouce et l’index, par exemple des perles ou des petites pièces, ou sa facilité à enfiler, empiler, manipuler certains jeux.
Chez certains enfants autistes, on retrouve des troubles des coordinations, qu’on appelait autrefois « dyspraxie » et qu’on nomme aujourd’hui trouble de l’acquisition des coordinations (TAC) ou trouble développemental de la coordination (TDC). Concrètement, cela se traduit par des difficultés marquées pour coordonner plusieurs gestes : garder l’équilibre, viser et lancer, suivre une trajectoire, enchaîner les mouvements nécessaires pour enfiler ou construire.
Si l’on repère des difficultés de cet ordre, cela peut être une bonne raison de demander un bilan psychomoteur, en gardant en tête que chaque enfant avance à son rythme. Mieux vaut consulter tôt et avoir un bilan rassurant, plutôt que d’attendre et de commencer la prise en soin trop tard. Plus on intervient tôt, mieux c’est : parfois, un petit coup de pouce suffit, et ensuite les choses rentrent d’elles-mêmes dans l’ordre.
Quelle place a le bilan psychomoteur dans le diagnostic d’autisme ?
Le psychomotricien ne pose pas lui-même le diagnostic d’autisme, mais ses bilans peuvent faire partie du dossier sur lequel les médecins s’appuient. Nos évaluations décrivent les compétences psychomotrices et, si besoin, le profil sensoriel de l’enfant, et ces éléments viennent compléter le regard des autres professionnels dans les équipes pluridisciplinaires.
L'importance de la sensorialité
On entend souvent les termes de « bilan psychomoteur », de « bilan sensoriel » ou de « profil sensoriel ». Qu’est-ce que ça recouvre ?
- Le bilan psychomoteur reste l’outil principal du psychomotricien. Il reprend les compétences psychomotrices dont on a parlé tout à l’heure pour avoir une vue d’ensemble du fonctionnement de l’enfant. On ajoute un bilan ou un profil sensoriel quand c’est utile pour mieux comprendre comment il perçoit et cherche les stimulations, notamment en cas de suspicion de TSA ou d’autisme avéré.
- Le bilan sensoriel, c’est vraiment avec l’enfant, dans des mises en situation concrètes. On va utiliser, par exemple, de la pâte à modeler pour voir si le contact le gêne ou non, des balles avec différentes textures, faire sauter l’enfant, le faire tourner comme sur une toupie, proposer différents jeux de mouvement, et observer comment son corps réagit.
- Le profil sensoriel, lui, prend plutôt la forme d’un questionnaire. Il est rempli par les adultes qui connaissent bien l’enfant, le plus souvent les parents, parfois les éducateurs ou les tuteurs. On y décrit des situations du quotidien, et cela permet de repérer les domaines où l’enfant semble très sensible ou, au contraire, peu réactif. Ces informations viennent compléter ce qu’on observe en séance.

Par exemple, j’ai accompagné un enfant très en recherche de sensations. Il grimpait sur les agrès, sautait des bancs et se mettait facilement en danger tant il avait besoin de bouger.
Le profil sensoriel, rempli par ses parents, montrait des différences probables ou avérées dans la sphère proprioceptive, c’est-à-dire dans la façon dont il perçoit son corps et ses appuis : il avait besoin de deux ou trois fois plus de mouvements pour ressentir son corps.
Débriefer ce profil avec les parents permet de comprendre pourquoi un enfant court partout, saute, se cogne ou se met en danger, et de sortir d’une lecture en termes de « caprice » ou de « mauvaise éducation ». Le profil sensoriel donne des repères concrets pour ajuster l’environnement et les attentes des adultes.
Recevoir un profil sensoriel peut être déroutant. Le plus important, c’est de ne pas hésiter à recontacter les professionnels pour poser des questions, et de s’appuyer sur des ressources fiables pour trouver des exemples concrets d’aménagements au quotidien [NDLR : nous préparons un article sur ce sujet]. On part souvent de petites scènes de la vie de tous les jours – file d’attente, lumière trop forte, vêtements gênants – pour mieux comprendre ce que l’enfant ressent et ajuster l’environnement.
Comment savoir si un enfant a vraiment besoin de bouger ou si c’est « juste » de l’agitation ?
Quand un profil sensoriel montre une hyporéactivité, l’agitation peut venir pour pallier un manque de stimulation. Ce n’est pas un enfant mal éduqué qui bouge tout le temps : c’est souvent un fonctionnement proprioceptif particulier, l’enfant n’y est pour rien. Il essaie de mieux percevoir son corps, un peu comme nous quand on est stressés et qu’on fait des petits gestes avec les mains – sauf que lui n’arrive pas à contenir ce besoin de régulation, et ça se traduit dans tout le corps.
Ce contenu est réservé aux inscrits à la newsletter. Bonne nouvelle, l'inscription est gratuite !
Toutes les deux semaines, comme plus de 3 500 abonnés, recevez directement par mail une sélection d’infos claires et pratiques pour mieux comprendre les besoins particuliers des enfants autistes et y répondre.
Vous avez déjà un compte ? Se connecter
